




Menfin une petite virée ! Sortir de Lima la grande comme l'appelle Adrien !
Départ jeudi 19 au soir avec Cruz Del Sur (meilleure compagnie de bus, forcément aussi plus chère, mais au service irréprochable, façon compagnie d'avion, avec enregistrement des bagages qui vont en soute et attribution d'un numéro, fouille des bagages à main, vidéo de tous les passagers... détails importants pour la suite des aventures...) pour une nuit de voyage.
Arrivée vendredi matin à 7h00 à Ayacucho, à 2750 mètres d'altitude environ. Belle cité andine, Ayacucho reste une grande ville, mais où les traditions ont été préservées et dont les habitants sont plutôt accueillants. En fait, Ayacucho est la destination idéale pour la semaine sainte, les plus beaux défilés religieux ayant lieu ici. En effet, Ayacucho ne compte pas moins de 33 églises !
Elle fut aussi le fief du Sentier Lumineux, mouvement révolutionnaire qui se transforma en guérilla armée, et qui fit des milliers de morts parmi les paysans refusant de coopérer à la lutte pour l'indépendance.
Un peu d'histoire :
Le Sentier Lumineux, mouvement clandestin d'inspiration maoïste, préparait "une guerre populaire visant à encercler les villes par les campagnes" et dirigé contre l'Etat et la société capitaliste. Il a vu le jour à Ayacucho dans les années 70 sous l'autorité d'Abimael Guzman, ancien professeur de philosophie. Les rebelles commirent des attentats à l'explosif contre des bureaux de vote, des assassinats de maires et fonctionnaires municipaux, espérant ainsi déclencher une révolution maoïste.Le développement du groupe reposait sur l'adhésion d'une jeunesse désespérée, méprisée en tant qu'indienne ou métisse et en situation de chômage chronique. Le gouvernement commit deux erreurs : d'abord, il ignora le mouvement, le laissant ainsi devenir populaire, ensuite, il envoya l'armée, qui fit autant de ravages parmi la population locale, faisant preuve d'une brutalité similaire. On parle de 40 000 à 60 000 morts ou disparus. Le fondateur du Sentier Lumineux fut arrêté en 1972, condamné à la réclusion à perpétuité. Le groupe fragmenté s'est tourné vers le trafic de drogue.
Nous voilà donc dans cette cité andine, redevenue calme, où peu de touristes occidentaux s'aventurent. En revanche, elle reste une destination très prisée des Péruviens. Nous trouvons un petit hôtel proche d'une église (tiens !) et dont les cloches nous réveilleront tous les matins ! Notre chambre donne sur une terrasse, d'où nous observons les toits de la ville et d'où nous nous régalerons des grands éclairs par-delà cols et collines environnants. Quel "plaisir" de voir la nature se déchaîner, quand elle nous semble si morte à Lima, si absente. Autre bizarrerie : l'orage se rapproche, les éclairs déchirent le ciel, mais pas de tonnerre ni de pluie...
Nous passons de nombreuses heures à errer dans les rues et marchés d'Ayacucho. Nous découvrons encore de nouveaux fruits, nous régalons des jus de fruit frais à tous les goûts, nous imprégnons de cette ambiance à la fois active et nonchalante.
Dimanche, nous allons au petit village de Quinua, à une heure de combi. Nous apprécions de sortir d'Ayacucho pour découvrir les versants andins. Au village se tient le marché hebdomadaire. Quelle ambiance ! Même à 3300m d'altitude, on peut trouver du poisson ! On trouve toutes sortes de fruits et légumes, et notamment de la muna, une plante bue en infusion, au goût caractéristique mais bien plaisant. La pluie cette fois est bien là, alors nous nous réfugions sous les abris des "cantines" pour déguster une autre spécialité : "puca picante" ragôut de boeuf (mais il est où le boeuf ?!) et de pommes de terre dans une sauce épicée au poivre et aux cacahuètes, vachement bon mine de rien ! Bien sûr, comme partout, toutes les vendeuses nous crient les plats qu'elles proposent (tous les mêmes !) en espérant nous rameuter...
Puis nous baladons dans le village, dont la spécialité est le travail de l'argile. Ici, tous les toits des maisons sont ornés d'une église rigolote ou de personnages. Cela est censé protéger le foyer. Chaque artisan a en fait sa petite touche artistique, et il est difficile de choisir. Quinua est aussi le village où fut signé le traité d'Indépendance du Pérou, après une très grande bataille qui fut livrée à Ayacucho en 1824. Nous baladons dans les rues pavées, observant la vie de ses habitants.
Lundi, c'est l'heure de repartir pour Lima, et nous prenons un bus de jour pour profiter du paysage. Nous partons cette fois avec La Molina, autre bonne compagnie, un peu moins chère. Mais eux ne font pas les mêmes contrôles que Cruz Del Sur, et nous nous en rendrons vite compte... Au bout de 3h de route, le bus est arrêté par la police, qui a trouvé (avant de chercher...!) de la drogue dans le bus. Les fouilles commencent, des bagages comme des passagers. En effet, 10kg de cocaïne sont trouvés dans un pauvre sac en plastique... C'est à qui ? demande la police... Pas de réponse. La moitié arrière du bus sera interrogée, par groupes de 5, pendant que nous avons interdiction de sortir... Nous resterons ainsi plus de 2h au milieu de la route, avant de continuer le trajet... jusqu'à Pisco, arrêt non prévu bien sûr, direction le commissariat. Bien sûr, en route, les policiers, qui sont montés avec nous, font arrêter le bus à chaque poste, histoire de montrer la photo de la prise ! Quand nous arrivons à Pisco, nous sommes enfermés dans le bus, après être partis 9h avant, sans avoir mangé, sans air pour respirer (toutes portes fermées et clim coupée pour raison de carburant) sans autorisation de sortir et sans information! Tout le monde commence à se rebeller, pour au moins avoir de l'air et pouvoir sortir manger quelque chose. Ils finissent par s'en reprendre à celui qu'ils soupçonnent (nous ne saurons jamais si c'est vraiment lui qui transportait la drogue, un pauvre paysan qui a accepté de passer la came en l'échange de quelques centaines de soles, une misère, et qui risque 20 ans de prison...) et nous laissent sortir, nous promettant que tout sera réglé dans la demie-heure. 4h après, nous reprenons la route pour Lima. Nous arriverons à 4h du matin au lieu de 20h30... Une expérience qui fait bien réfléchir mine de rien !
Quelques photos pour vous plonger dans l'ambiance d'Ayacucho et de Quinua :
jus de fruits au marché
travail de l'argile à Quinua
marché de Quinua
Plaza de Armas d'Ayacucho
Bébé perroquet au milieu de tonnes de bananes !
Et bises à tous